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Orchestra Of Samples est un voyage musical sans frontières qui se fait l’écho de notre aventure humaine collective autour de la musique et de son universalité. En réunissant plus de 200 musiciens du monde entier autour de ce projet, Addictive TV (Graham Daniels et Françoise Lamy) promeut la fantastique diversité d’instruments, valorisés par une base de données de samples, et par un supergroupe virtuel.
Orchestra of Samples – Toñín Corujo (Lanzarote)

Le cinéaste Jean-Luc Godard disait, « ce qui compte ce n’est pas d’où partent les choses mais où on les amène ». J’ai suivi cette philosophie tout au long de ma carrière, notamment parce qu’une grande partie de mon travail est basée sur le sampling audiovisuel – l’art de prélever des extraits ou échantillons de musique, de films, ou de programmes télévisuels et de les assembler en des formes nouvelles, différentes et hybrides. C’est quelque chose que je pratique depuis vingt ans dans le cadre de concerts ou d’installations dans des musées.

C’est ce goût de l’esthétique du dépareillé qui a amené Orchestra of Samples, un projet initié il y a dix ans et qui collectionne des enregistrements de musiciens du monde entier pour les assembler dans des performances audiovisuelles uniques. Pour moi, c’est une manière créative d’aller au-delà des barrières et de réunir les gens autour d’un dialogue entre différentes cultures musicales. Chaque performance est le résultat de plusieurs milliers d’heures d’enregistrements. Nous avons parcouru le monde entier en filmant et enregistrant des musiciens de toutes sortes, jouant tous styles d’instruments ; du flutiste gaita colombien aux joueurs de dombyra du Kazakhstan. Nous avons rencontré et travaillé avec des centaines d’artistes
talentueux dans plus de trente pays différents – ce fut une expérience extrêmement enrichissante.

Comment vous est venue l’idée d’un projet d’une telle envergure?

Le projet puise ses origines dans l’essor du sampling audiovisuel, un phénomène culturel dans lequel je participe depuis plus de vingt ans. Avant de créer Orchestra of Samples, j’ai passé plus de dix ans à jouer dans des festivals et clubs internationaux avec Addictive TV. On jouait des remix sets audiovisuels sur de la dance music dans lesquels on samplait des films, des clips ou de programmes télévisuels.

Ces voyages et les artistes que nous avons rencontrés au cours de cette période nous ont inspiré à faire naître quelque chose de cette vie en tournée et à collaborer avec le plus de musiciens possible. Résultat, à partir de 2010, partout où l’on allait, on prenait notre caméra et nos micros. Nous nous étions fixés comme règle, notamment, de ne pas enregistrer de chansons originales ou de reprises mais uniquement des sessions d’improvisation où l’on donnait quelques directions. Nous avons ainsi parcouru toute l’Europe, une partie de l’Amérique du Sud, l’Asie de l’Est et l’Afrique de l’Ouest en réalisant nos enregistrements dans des lieux abandonnés, des chambres d’hôtel, sur des toits, dans des parcs, dans des loges, dans des châteaux, dans des monastères et bien sûr dans quelques studios d’enregistrement aussi.

Orchestra of Samples – Priyadharshini Yatra, joueuse de Vînâ, Inde 2020

Nous avons eu la chance de visiter et de réaliser des sessions d’enregistrement dans des lieux incroyables tels que le Caire en 2011, pendant la révolution égyptienne, où avec le soutien du British Council, nous avons pu donner un concert à un moment où la plupart des artistes n’y mettaient pas les pieds. En Allemagne, nous avons enregistré un rappeur formidable qui dirige la Who Am I Creative Academy, une institution qui allie travail social et école de rap et qui encourage les habitants locaux et les migrants – pour la plupart Syriens – à collaborer et produire de la musique hip-hop. À Ndem, un village sénégalais situé à une centaine de kilomètres de Dakar, les autorités locales soutiennent les habitants dans le développement de leur savoir-faire artisanal et aident à la commercialisation des produits à travers une entreprise d’économie circulaire. Cette année, dans un esprit similaire de recherche de vie communautaire et de formes de société durables, nous avons enregistré des sessions à Auroville, une cité unique et expérimentale en Inde fondée à la fin des années soixante, dédiée à l’unité et l’harmonie entre les humains et qui attire des artistes, chercheurs et penseurs du monde entier.

Orchestra of Samples – Kounta Dieye, joueur de Kora à Ndem, Sénégal

Au début du projet, on savait déjà, au fur et à mesure que l’on constituait notre collection de samples, que faire fusionner autant de musiciens, d’instruments et de styles différents en une vision cohérente serait un défi colossal. Quand on a commencé, on n’était même pas sûrs que ça pourrait fonctionner, puis pas à pas, concert après concert, session d’enregistrement après session d’enregistrement, on a constitué une archive audiovisuelle conséquente – le genre de travail de fond qu’on confie habituellement aux musées !

On a commencé à regrouper les enregistrements par pays et à les classer par instrument, en y ajoutant parfois une description musicale et souvent des notes de tempos et de tonalités afin de faciliter les recherches. La quantité de données s’est accrue de façon exponentielle et nous nous sommes très vite retrouvés avec des téraoctets entiers de matériel. Mais ce que nous avions constitué n’était pas un répertoire de fichiers anonymes – il y avait derrière chaque enregistrement une connexion personnelle avec chacun des musiciens impliqués. Chaque sample a son histoire et cette composante humaine reste, depuis le début, l’âme du projet.

Après avoir écouté plusieurs centaines d’heures d’enregistrement, nous avons commencé à assembler les samples et à juxtaposer des instruments qu’en temps normal on n’entendrait jamais ensemble. De par la nature improvisée des enregistrements, il n’y a en règle générale aucune tonalité commune et les musiciens ne s’écoutent pas entre eux. Il s’agit donc d’un véritable défi, pour le moins excitant, de composer des morceaux en partant d’extrémités tonales et musicales aussi variées et de créer des mélodies et des riffs à partir d’associations de samples insolites. Notre processus créatif est simplement de trouver les samples qui fonctionnent ensemble.

Orchestra of Samples – Bhoutan, Himalayas

À chaque étape du processus, depuis la recherche des musiciens jusqu’à la composition des morceaux, nous gardons un esprit ouvert et curieux en expérimentant avec des associations d’instruments et de sons aussi inhabituelles et différentes que possibles afin de créer quelque chose de nouveau. Cette ouverture d’esprit est au centre de notre processus créatif. Nous tâchons d’échapper aux  conventions, et plus les archives s’enrichissent, plus de chances nous aurons de créer d’improbables mais d’intéressants assemblages musicaux. C’est une approche peu conventionnelle, qui permet de travailler de façon très ludique. Je parle souvent de notre méthodologie comme de l’assemblage d’un puzzle géant pour lequel nous n’aurions aucune image de référence – il n’y a que l’essai et l’erreur pour nous aider à trouver les pièces qui s’emboîtent. Progressivement, pièce par pièce, ça prend forme.

Faire de la musique de cette manière est bien plus qu’un exercice technique. En assemblant ces samples, on crée des connexions entre des gens qui viennent de différents endroits de la planète, qui ne se sont jamais croisés et qui soudain se retrouvent à jouer de la musique ensemble. Christophe Rosenberg de la Cité de la Musique à Paris définit parfaitement notre méthode dans une interview avec un journal parisien quand il dit « l’artiste au cœur du projet ».

Nous sommes extrêmement reconnaissants vis-à-vis de tous les artistes qui nous ont laissé carte blanche dans l’utilisation des enregistrements. Les musiciens sont habitués à un certain degré de contrôle artistique en ce qui concerne leur travail mais en participant à Orchestra of Samples, ils doivent renoncer à ce contrôle. Des centaines de musiciens nous ont fait confiance pour que nous laissions les samples nous mener là où ils le désiraient – des schémas émergents naturellement, et nous ne forçons jamais la musique à coller à des idées ou structures préexistantes. Participer à un projet aussi décalé par rapport à la norme musicale représente un saut dans le vide pour tous.

Lætitia Sadier du groupe Stereolab, qui chante sur un des morceaux du projet, « Beachcoma », résume très bien cette idée dans une interview avec la revue d’art britannique Rooms quand elle dit: « C’est plutôt audacieux ; pour fabriquer des morceaux de cette façon, il faut qu’on ait tous une très grande confiance en eux et qu’on abandonne tout désir de contrôle absolu. J’ai été vraiment séduite par leur façon de faire, de collecter des échantillons ici et là, de par le monde et de leur trouver des correspondants. »

Pour la plupart des musiciens traditionnels enregistrés dans le cadre de Orchestra of Samples, une des motivations principales pour participer au projet est de faire connaître leurs instruments, souvent méconnus du grand public, afin d’aider à la conservation de leur existence culturelle. Par exemple, dans les montagnes des Vosges en France, nous avons enregistré Christophe Toussaint qui fabrique et joue l’épinette, un instrument à cordes très rare, du XVIe siècle, qu’il façonne à partir du bois des arbres de sa région.

Orchestra of Samples – Christophe Toussaint (epinettes)

Au Royaume-Uni nous avons aussi eu la chance de travailler avec la percussionniste sourde Dame Evelyn Glennie qui possède une collection, digne d’un musée, de près de 2000 instruments de percussions venus des quatre coins du monde, allant du plus traditionnel au moins conventionnel, et dont elle maîtrise personnellement la moitié. Réaliser l’enregistrement et le concert avec elle a été un honneur absolu pour nous.

Au Mexique, nous avons enregistré Humberto Alvarez, un ethnomusicologue spécialisé dans les instruments anciens et qui a joué pour nous une sorte de xylophone préhistorique en disposant simplement des morceaux de pierres naturellement accordés qu’il avait pu collectionner au fil des années. D’après lui, il s’agirait d’un des premiers instruments tangibles jamais joué par les êtres humains.

Nos rencontres avec de si talentueux et singuliers musiciens ainsi que la découverte des instruments fascinants qu’ils jouent ont fait de ce projet une grande étude de terrain en ethnomusicologie. Dans l’alignement de notre désir de diffuser ces formes de musique traditionnelles, nous documentons chaque session sur le blog du projet avec de photos et présentations de chaque musicien, son instrument et le style de musique qu’il ou elle joue. Ce blog est devenu une sorte d’index encyclopédique du projet, qui nous permet de cartographier et partager nos découvertes d’instruments et d’artistes à travers le monde. Et pourtant, malgré l’amplitude et la richesse de nos archives, nous n’avons encore qu’effleuré la surface des formes musicales et des instruments qui existent au monde.

En plus de rechercher des instruments rares et traditionnels, nous avons aussi enregistré des instruments expérimentaux ou faits-maison créés par des artistes qui travaillent à créer de nouveaux types de sons et de musiques. Parmi ces artistes, nous comptons Henry Dagg, l’inventeur musical britannique et créateur de l’énorme Sharpsichord qui a servi à Björk durant sa tournée Biophilia, le groupe de musique virtuose brésilien Patubatê que nous avons pu enregistrer à Brasilia et qui joue des rythmes brésiliens traditionnels à l’aide d’instruments de percussion fabriqués à partir de ferraille récupérée – pots d’échappement, casseroles, etc.

Orchestra of Samples – Patubatê

Il y a aussi un fabriquant d’instruments mythique que j’ai eu le privilège de rencontrer en 2013, Bernard Baschet qui dans les années cinquante, avec son frère François, a inventé toute une gamme d’instruments nommés les Baschet Sound Sculptures et que l’on a pu enregistrer dans leur studio avec le musicien Francesco Russo. Le plus connu de ces instruments est le Cristal Baschet qui a servi entre autre à Daft Punk, Jean-Michel Jarre et Damon Albarn, et qui se joue avec une geste semblable à quand l’on passe son doigt mouillé sur le rebord d’un verre à vin. Nous avons aussi travaillé avec Nicolas Bras, musicien français, inventeur de nombreux instruments, tous aussi beaux et fous les uns que les autres, et l’homme derrière le fameux groupe Facebook Rare & Strange Instruments. Il a donné un concert avec nous pendant la tournée du projet. Il y a aussi notre collaborateur de longue date, Alejandro de Valera, qui fait partie de Orchestra of Samples depuis sa genèse, en tant que compositeur et interprète et qui habite en France. C’est un virtuose de la guitare fretless, un instrument si rare qu’Alejandro fabrique ses guitares lui-même. Il a récemment crée une petite fretless portable qu’on a pu transporter jusqu’au Maroc dans la cabine de l’avion  !

Le point culminant de nos recherches, archivages et enregistrements a toujours été le concert sur scène, et nous essayons toujours de jouer avec les artistiques que nous avons enregistré à chaque fois qu’on retourne dans le lieu où les sessions se sont déroulées. Participer à un concert de Orchestra of Samples est une experience à part pour les musiciens qui doivent interagir avec d’autres artistes samplés sur l’écran. Pour le public, l’aspect performatif du projet contribue à en faire une expérience de mixed-media vraiment complète.

Une des performances qui nous a le plus marqués est le WOMAD Festival au Royaume-Uni. Après le concert, nous avons reçu des messages de la part de beaucoup de gens qui nous disaient que le concert avait opéré comme une sorte d’éducation musicale. Certains messages nous venaient de la part de parents dont les enfants avaient adoré voir et entendre tant d’instruments différents sur le grand écran.

La tournée de ce projet nous a amené dans des festivals en plein air comme Glastonbury au Royaume-Uni ou Pirineos Sur en Espagne, mais aussi des lieux d’art remarquables comme le Musée Erarta d’Art Contemporain à Saint Petersbourg et le Centro Nacional de las Artes à Mexico.

Nous aimons aussi, dès que possible, partager nos rencontres avec les publics internationaux à travers des conférences. Plusieurs partenaires français ayant soutenu le projet, nous avons pu donner des concerts à Paris à de nombreuses occasions dans des lieux d’arts tels que Le Cube et Canal 93, ou des institutions comme le Centre Pompidou, La Seine Musicale et le Musée du Quai Branly. Ce dernier héberge une collection d’instruments et d’artefacts de cultures autochtones d’Afrique, d’Asie et des Amériques unique au monde ; leur invitation a été pour nous une vraie reconnaissance de ce que nous voulions accomplir  – créer de la musique qui se base sur et qui célèbre la diversité culturelle.

PERFORMANCE Orchestra of Samples – Museum Quai Branly – Paris

Je pense que si Orchestra of Samples est une telle réussite c’est parce que la musique est un langage universel. Les multiples cultures musicales du monde, aussi différentes soient-elles, partagent les mêmes racines humaines – peu importe qui tu es ou d’où tu viens, ce qui compte c’est le son et les émotions qu’il amène.

Orchestra of Samples est devenu un « super groupe » pluridimensionnel qui est à la fois local et global. Au cours des dix dernières années, le projet a construit des passerelles entre la tradition et le contemporain, en unissant des gens de différentes générations et cultures. Cette aventure a été une expérience éclairante et enrichissante; une façon de repenser comment des individus de milieux différents peuvent travailler ensemble, et de réfléchir à des nouvelles façons de créer de la musique.

À l’heure de la montée des nationalismes aveugles, nous considérons qu’il est crucial de s’efforcer à faire tomber les frontières séparant les gens, d’encourager le dialogue entre différentes cultures musicales et de stimuler notre curiosité et notre désir d’échange et de compréhension mutuelle. La philosophie au cœur du projet est sans doute restituée au mieux par le titre d’une chanson de l’album Orchestra of Samples – « Unity Through Music », simplement.

www.orchestraofsamples.com

Dans son travail, Addictive TV plonge dans les films et les vidéos à la recherche de sons et d’images à échantillonner, créant une musique qui fusionne tout, de l’électronique au rock. Ils créent leur musique en gardant les samples d’audio et de vidéo ensemble.

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