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Singularités et Big Data
Margalit Berriet
Présidente et fondatrice Mémoire de l'Avenir
DISRUPTING
TRANSFORMING
Les arts et la culture sont le reflet du long voyage de l’humanité et de ses questionnements. Ils jètent des ponts entre individus, continents, cultures, civilisations et époques.

Le rôle des arts et de la créativité dans la science et les humanités

Les êtres humains ont de tout temps observé le monde et la nature de la vie, cherchant à donner du sens à ce qu’ils percevaient et visant à connaître et comprendre les ressources qui se trouvaient à leur disposition, tout en anticipant et agissant de façon à créer des modes de vie et de communication au sein de leurs sociétés organisées. De cette compréhension du monde sont nées nos formes d’expressions, nos rites, nos cérémonies, nos lois, nos philosophies et nos sciences. Cette accumulation inexhaustible de patrimoine matériel et immatériel a aussi produit des contradictions, des ambiguïtés, des paradoxes, des conflits et des dénis.

Les arts et la culture sont le reflet du long voyage de l’humanité et de ses questionnements. Ils jettent des ponts entre individus, continents, cultures, civilisations et époques. Avec la pratique artistique se dessine un modèle de communication qui transcende le temps et les différences. Elle nous permet de connaître nos vertus comme nos limites, de comprendre nos objets et l’usage que nous faisons des signes, symboles et langages. La grammaire des arts est un bien commun à toutes les cultures. Elle nous offre une grille de lecture fondamentale pour comprendre le fonctionnement universel de l’esprit humain lorsqu’il observe le monde et crée les formes, sons et « langages » symboliques dont les inventions infinies ont nourri l’humanité.

Les arts et la culture sont la matérialisation d’une accumulation massive de savoir-faire, de recherches scientifiques et conceptuelles, et de savoir. Les données amassées sont autant de traces du développement de l’humanité. Avec la montée en puissance de la mondialisation, l’humanité a un besoin grandissant d’un traitement toujours plus rapide des souvenirs, des connexions partagées et des outils. Le Big Data offre de nouvelles façons d’examiner et de partager nos connaissances, et ouvre de nouvelles possibilités dans notre façon d’analyser, de traiter l’information et d’agir. Le Big Data a introduit des outils qui dévoilent de nouveaux défis pour les sciences et les arts d’aujourd’hui.

Le Big Data désigne le traitement informatique de l’ensemble des données personnelles et professionnelles générées par les nouvelles technologies. L’exploitation de ces métadonnées a ouvert de nouvelles perspectives dans autant de domaines que sont les sciences sociales, la politique, la communication, la médecine, la météorologie, l’écologie, l’économie, le commerce et les arts. L’utilisation du Big Data nous permet d’entrevoir de nouveaux outils d’analyse et de modélisation de données, d’appliquer de nouvelles façons de comprendre, d’accroître nos savoirs collectifs, d’anticiper des risques ou même de surveiller des phénomènes, écologiques ou autres, en temps réel. Cependant, le Big Data peut également devenir un moyen de manipulation et causer des conflits d’intérêts au sein de nos sphères économique, politique ou de notre société dans son ensemble.

A travers les arts nous nous projetons au-delà des faits du réel, jusque dans l’inconnu. Paul Klee disait « L’art joue sans s’en douter avec les réalités ultimes, et néanmoins les atteint. Nous imitons dans le jeu de l’art les forces qui ont créé et créent le monde. »

D’après le sociologue et historien Georgi Derluguian, à mesure que le monde se complexifie, il devient de plus en plus difficile de prédire l’avenir; et face à la colère des peuples et aux bouleversements qui menacent l’actuel système politique et économique, il est devenu urgent de repenser la relation entre le citoyen et l’Etat. (1)

J’avance pour ma part que les arts et les humanités pourraient bien être nos meilleurs outils pour lutter contre toutes les formes d’ignorance qui se trouvent à l’origine de tous les systèmes de discrimination, de préjugé, de haine et de conflit. En développant ce qu’Adama Samassékou nomme l’Humanitude (2) – notion qui préconise l’ouverture à l’autre et qui valorise une culture de l’être plutôt qu’une culture de l’avoir – et à travers la pratique des arts et de la créativité, l’humanité pourra accomplir la « connexion d’humain à humain » qu’évoque également Aimé Césaire, et pourra cheminer vers la transformation culturelle et sociale. Les collaborations interdisciplinaires entre les humanités, les sciences et les arts peuvent participer à faire reconnaître et valoir l’égalité fondamentale qui existe entre les individus, ainsi qu’entre les humains et la nature. En visant des formes de coopération pluridisciplinaires et des collaborations interculturelles, nous pouvons accroître nos savoirs, encourager la recherche et dépasser les frontières religieuses ou politiques, en encourageant une participation active et un dialogue ouvert dans lequel toutes les différences sont les bienvenues. En ouvrant l’accès à la créativité, nous pouvons aider des gens de milieux variés à découvrir des lieux d’innovation dédiés à l’apprentissage et à l’expression de soi, et ainsi enrichir le débat autour des notions d’identité, de soi, de l’autre, de la liberté de l’individu et du respect d’autrui.

A travers le projet Humanities, Arts and Society nous tentons de démontrer que toutes les transformations de la nature, à l’image des transformations de l’individu, sont basées sur l’action humaine et que toutes les actions humaines sont basées sur des schémas culturels de compréhension et d’interprétation. Avec la mondialisation des marchés financiers, des connaissances et des principes, les procédés et les circonstances de l’action humaine ont muté drastiquement. Toutefois, si nous voulons réussir à affronter les changements liés à l’éducation, à la culture et à la société qui se présente à l’échelle mondiale, il est d’abord nécessaire que nous comprenions nos propres existences, dans leurs contextes local et mondial.

Les cultures sont faites d’idées, de coutumes et de comportements sociaux d’un peuple ou d’une société particulière, et reflètent la multiplicité des croyances, des esthétiques et des éthiques présentes au monde. Nous pouvons ainsi dire que les humanités, les arts et la créativité constituent une base constante à partir de laquelle nous pouvons repenser la condition humaine.

Dans un monde de plus en plus interconnecté, la collaboration entre les sciences empiriques, critiques et spéculatives, et les arts en tant que sources d’expression infinies et décodeurs uniques du monde, est devenue vitale pour comprendre les problématiques sociales et environnementales contemporaines, et relever les défis qu’elles posent. Les données massives peuvent être analysées afin de révéler des tendances, des schémas récurrents ou des rapports de connexité et comparer des informations sur tout ce qui touche aux comportements et interactions des humains.

Avec ce premier numéro de la revue Humanities, Arts and Society, nous parcourrons différentes approches créatives du savoir mondialisé, de l’Intelligence Artificielle, des outils de réseaux, ainsi que différentes manières de repenser les conséquences de leur utilisation.

Cerveaux et technologies humaines évoluent en tandem depuis l’apparition du premier silex taillé. En réalité, toutes les formes de créations, que ce soit la fabrication d’outils ou l’invention de langages abstraits, partagent une base commune qui est la capacité des humains à formuler des questionnements complexes. Cela inclut ce que nous nommons créativité, mais de fait, cette capacité est caractérisée par la sophistication toujours croissante des outils pratiques et philosophiques dont nous disposons.

La physique atomique des épicuriens admet deux réalités fondamentales: les particules perceptibles dans leur nombre infini, et le vide sans fond dans lequel ces particules (et nous-mêmes) permutent . A l’endroit où se rencontrent les humanités, la civilisation et le monde, nous trouvons des savoirs culturels et scientifiques qui ne se plient pas toujours à l’homme: qu’il s’agisse de phénomènes tels que l’orage, le tremblement de terre ou l’épidémie, nous pouvons être tantôt effrayés, tantôt émerveillés face à l’inconnu. L’apprentissage qui se limite à la simple accumulation de connaissances est une pierre d’achoppement sur le chemin de la créativité et de la pensée critique véritable, car elle nous empêche d’agir au delà des limites de ces connaissances. En revanche, exercer notre capacité à sentir et pressentir peut guider nos ressources et faire émerger de nouvelles révélations, de nouvelles compositions et harmonies, de nouvelles propositions et même de nouvelles esthétiques, tout en creusant la question éthique.

Ainsi, tout sujet, thème, objet ou idée émule la versatilité de l’humanité et ses connaissances mondiales – ils transmettent du sens représentatif, des connaissances et des significations intangibles. Pour citer Robert Filliou, « l’art est ce qui rend la vie plus interessante que l’art ». L’art se compose d’une infinité de façons différentes et singulières de questionner, de découvrir, de percevoir, de produire, de raconter, de résister, de critiquer, de proposer et d’agir. La responsabilité de l’artiste ne réside pas uniquement dans la recherche intellectuelle ou esthétique mais également dans sa capacité à interroger, à critiquer et enfin à éveiller les consciences car, pour citer Aimé Césaire :

« Pour un artiste, être engagé signifie s’insérer dans son contexte social, d’incarner le sang et la chair même d’un peuple, de faire l’expérience intense des problèmes de son pays et d’en témoigner. » (3)

  1. Georgi Derlugian. « Nous devons revenir aux théories anarchistes d’autogestion. » interview de Alexandre Mekhanik et Piotr Skorobogaty.
  2. Adama Samassékou.
    « L’humanitude ou comment étancher sa soif d’humanité. » CIPSH, 2017.
  3. Aimé Cesaire, interview with Khalid Chraibi, 1965.

Né à Tel-Aviv-Jaffa, Israël, vivant à Paris depuis 1988. Elle est peintre et titulaire d’une maîtrise en beaux-arts de l’université de New York. Elle a participé à des expositions individuelles et collectives internationales. Depuis 1984, elle a publié plusieurs essais et un livre, a initié des événements artistiques multidisciplinaires et des conférences aux États-Unis, en Europe, en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, pour promouvoir les arts, comme outils de dialogue et de connaissance favorisant le dialogue des cultures. En 2003, elle a fondé Mémoire de l’Avenir. Elle a collaboré avec des institutions publiques et privées, notamment l’UNESCO, le CIPSH, le Musée du Quai Branly, le Centre George Pompidou, le Musée du Louvre, Dapper, le Musée d’Arts et d’Histoire de Judaïsme, l’Institut du Monde Arabe et le Musée de l’Homme.

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